Le Guide du Tablier # 13 : le Soul Marin, restaurant à Saint-Pierre d’Oléron

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J’adore jouer au critique gastronomique (de manière générale, j’adore donner mon avis). Mais attention, jouer au gentil critique gastronomique, comme lorsque j’ai déjeuné chez Philippe Etchebest ou au « Café du parc ». Des restaurants moyens voire assez mauvais, j’en ai fait plusieurs (que ce soit à La Rochelle ou sur Oléron). Toutefois, je ne vois pas bien l’intérêt de leur accorder du temps et de leur faire de la publicité. Non, mes billets, c’est plus « Romain va manger chez les Bisounours » !
L’île d’oléron est un lieu balnéaire à l’activité estivale particulièrement intensive. Le corollaire est assez simple : trouver un lieu sympa, où on mange bien ET sans se faire assassiner sur les prix, c’est un poil compliqué (a fortiori en juillet/août). Vous pouvez aller les yeux (quasiment) fermés au « Jour du poisson » ou au « Vin sur 20 » : pour une trentaine d’euros, vous mangerez très bien. Mais aujourd’hui, je prends tout à fait le contre-pied de ces deux resto en vous parlant d’un lieu absolument atypique, qui ne fait pas de pub et où on mange pour trois fois rien… Let’s go !

NB : j’ai bien conscience que cet article arrive un tout petit tard au regard de la saison estivale… Mais il y a encore de nombreux touristes sur l’île fin août et début septembre. Je ne sais pas jusqu’à quand est ouvert le « Soul Marin ». La seule chose que je puisse vous conseiller c’est d’appeler… et de croiser les doigts pour que ce soit ouvert !

Le pourquoi du comment…

Le « Soul Marin » est installé sur l’île d’Oléron depuis plusieurs années. Déjà, l’an passé, nous avions failli y aller. En effet, des amis d’amis nous avaient dit que c’était très bien mais comme je le disais à Anne il y a quelques jours : « l’été est la plus douce des saisons mais celle où le temps file le plus vite ». L’été était donc déjà fini que nous n’avions pas mis les pieds au « Soul Marin ». Cette année, rebelote : il y avait dans notre liste des choses à faire, manger au « Soul Marin ». Le début du mois d’août était là et nous ne nous y étions toujours pas rendu (et à vrai dire, ça nous était plus ou moins sorti du crâne). Pour être tout à fait franc, il y a très peu d’informations sur les prix pratiqués, le type de cuisine… Or, dans ce genre de situation, on craint toujours un peu la mauvaise surprise.
Tout s’est bousculé par un heureux hasard ! Un matin, nous avons reçu un petit journal local gratuit qui consacrait un article laudateur à ce restaurant. Surtout, le journaliste précisait les prix pratiqués : 10€ le plat et 5€ l’entrée. Vu ces tarifs, on s’est dit que peu importe ce qui se passerait, on ne risquerait pas grand chose ! Après avoir galéré (ça ne répondait pas, ça n’était pas ouvert quand nous voulions/pouvions y aller…), notre dîner était réservé.
C’est donc par une frisquette soirée de début août que nous nous sommes rendus au « Soul Marin ».

Une parenthèse champêtre…

On n’atterrit pas par hasard au « Soul Marin ». En effet, vous n’êtes ni dans le centre de Saint-Pierre, ni à la Cotinière sur le bord de mer. Si on va au « Soul Marin », c’est grâce au bouche à oreille ou à un éventuel article dans la presse. Rien n’indique qu’il y a un restaurant : pas de bâtiment, pas d’enseigne lumineuse, pas de carte affichée… Heureusement qu’il y a ces quelques lettres faites de récup’ qui semblent indiquer un « R.E.S.T.O » !
Pour arriver au « Soul Marin », il faut vous éloigner de toute l’agitation de l’île, de toutes les routes et de la foule. A cinq minutes du centre ville de Saint-Pierre, se situe un petit aérodrome. C’est à côté de cet aérodrome que l’on trouve le restaurant : cela pose d’ores et déjà le cadre. Cet emplacement atypique est complété par un écrin de verdure : au fond, un étang et, à perte de vue de tous les côtés, des arbres… De nombreuses tables et leurs chaises (le tout dépareillé, bien sûr) sont installées à l’extérieur. Nous n’avons pas eu l’occasion de manger à l’extérieur mais vu le cadre, avec le soleil couchant, ça doit être aussi splendide qu’intimiste !

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Au centre de ce champ, on retrouve un foodtruck. Un vieux foodtruck, un peu miteux, sincèrement. Le tout est entouré d’une immense bâche qui forme une grande tente. Un peu comme un cocon, hors du temps. Je ne saurais vous dire si vous faites un bond en arrière de 5, 10 ou 30 ans mais une chose est sûre : vous n’êtes plus en 2016. Vous êtes à mi-chemin entre la modernité des saveurs de 2016, la décontraction des 1970’s, le côté fête populaire de l’après-guerre avec ses lampions et la bienveillance d’une grand-mère des années 1940.

L’atmosphère et le service : entre décontraction et approximations

Quand vous rentrez dans le « Soul Marin », vous avez l’impression de tomber dans une faille spatio-temporel. Vous atterrissez dans l’univers du « Soul Marin ». Tout est fait de bric et de broc, à l’arrache. De grandes tables rondes ou rectangulaires, très hautes ou basse, des chaises pliables, un parquet de guingois complété de palettes… Si vous avez trop chaud, vous pouvez relever la bâche pour faire de l’air. Au fond, on entend un crapaud qui coasse. Pas de nappe, juste des sets de table vantant l’île d’Oléron, des serviettes en papier, des couverts et un verre. Il y a peu de places (c’est pourquoi il vaut mieux réserver à l’avance). Il y a très peu de lumière, l’essentiel de provient pas d’ampoules mais de bougies, ce qui contribue à cette atmosphère si particulière. Là, vous pensez totalement visualiser le lieu sauf que je pourrais vous décrire cette ambiance sur des lignes et des lignes que ça ne changerait pas grand chose : le « Soul Marin », ça se vit, ça se ressent !

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Vous rentrez, on vous installe à une table. C’est le patron qui vient lui-même vous présenter les suggestions du jour, oralement. En effet, il n’y a pas de carte dans ce restaurant. Vous pouvez y aller trois jours de suite, vous ne mangerez jamais la même chose. La seule certitude que vous avez ce sont les prix : 5€ l’entrée, le fromage ou le dessert et 10€ le plat. Cela posé, c’est vous qui établissez votre menu, en fonction de vos goûts et/ou de votre appétit. Donc, je reprends, c’est le patron lui-même qui vous propose ses créations. Oubliez les présentations farfelues et toutes les circonvolutions souvent de mises : on vous présente les plats tels qu’ils sont. Nul besoin de vous donner envie ou de sur-vendre car vous savez que vous mangerez bien. Alors oui, ça pourrait être fait avec plus de formes ou plus de précisions mais ce n’est pas ce qu’on attend en allant au « Soul Marin ».

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Il en va de même pour le service qui est en harmonie avec l’atmosphère : un peu de traviole mais plein de chaleur. On peut oublier le pain. On peut oublier le sel. On peut buguer sur tel intitulé. Mais là n’est pas l’essentiel : le Chef est sympathique, vous mangerez chaud et serez servis tous ensemble.Vous verrez le Chef dresser vos assiettes, en tendant le bras, vous pourriez presque les saisir vous-même. Le Chef n’hésitera pas à venir parler avec vous, à vous demander votre avis. Le Chef fera son possible pour vous proposer des choses qui vous feront plaisir, en n’hésitant pas à modifier ou panacher certains de ses plats (cette proposition nous a été faite que ce soit par goût ou pour des raisons d’allergies). Quand on sait que sur l’île quand vous demandez un changement, au mieux on vous le facture, au pire on vous fait comprendre plus ou moins clairement que vous faites ch**r, ça n’a pas de prix !

Une cuisine simple mais inventive !

Quand vous rentrez, il est écrit que c’est de la « cuisine de grand-mère » et le Chef confie qu’il « fait avec les moyens du bord ». Si on ne peut pas tout à fait donner tort à ces deux affirmations, elles ne rendent pas pour autant hommage à la qualité de ce que l’on vous sert.

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Comme je vous l’ai dit, il n’y a pas de carte. Et pour cause, cette dernière change tous les jours, en fonction du marché et de l’inspiration du Chef. Nous y avons mangé deux fois. La première fois, en entrée, nous avions le choix entre un tartare de thon rouge, un céleri rémoulade maison ou du farci poitevin (ou un mix des 2 ou des 3). J’ai goûté au tartare, marié à du gingembre, de la pomme verte et du concombre, le tout arrosé de sauce soja, c’était une véritable réussite, très rafraîchissant. En plat, nous pouvions choisir entre du bœuf ou du thon rouge. A nouveau, j’ai jeté mon dévolu sur ce thon rouge. Il était cette fois pané dans du sésame et juste snacké, un petit peu à la manière d’un tataki. Je suis un fan de poisson cru et j’ai adoré. Ce tataki était marié à des pommes de terre nouvelles sautée à la française. Ce mariage audacieux (sans être révolutionnaire) était parfait ! En dessert, il y avait du tiramisu (que je n’ai pas goûté) ou une assiette de fromages (trois beaux morceaux et une confiture de figues blanches). Lorsque nous y sommes retournés il y a quelques jours, le choix était plus restreint mais la cuisine toujours aussi savoureuse. En entrée, nous avions du melon jaune et vert déglacé au pineau avec une crème au gingembre. En plat, une pièce de bœuf à l’échalote ou un filet de julienne à la vanille. Je suis une vraie plaie avec la vanille, je n’aime que certaines vanilles bien précises (le Chef nous avait lui-même prévenu que cette vanille de Tahiti que lui envoie son frère est très particulière). J’ai quand même voulu testé ce filet de julienne, par curiosité et parce que je sais que je n’en regouterai pas tous les jours. Comme je l’avais prévu, je n’ai pas été emballé par cette vanille de Mutu. En revanche, tout était exécuté à la perfection et la sauce était parfumée sans être trop puissante. Le tout était servi avec du riz à la courgette : simple mais efficace. Les desserts sont réalisés par la femme du Chef. Ils sont beaucoup moins inventifs que le reste… Mais quand on m’a annoncé une tarte aux poires et au chocolat, je n’ai pas pu résister. Et que j’ai bien fait. Il s’agissait d’une tarte Bourdaloue, tout ce qu’il y a de plus classique. Servie tiède et nappée de chocolat, nous y avons tous succombé avec bonheur et gourmandise (d’ailleurs, moi qui sert toujours cette tarte froide, je retiens que tiède, c’est absolument délicieux) !

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Vous l’aurez donc compris, cette cuisine n’a rien de révolutionnaire. Pour autant, elle est efficace et construit des ponts entre une cuisine française traditionnelle et des cuisines plus parfumées et inventives. Tout a toujours été parfait : les cuissons, les assaisonnements, les portions ! D’ailleurs, là où la décoration ressemble à un joyeux bordel (ça n’a rien de péjoratif, bien au contraire), le dressage des assiettes est épuré. Au passage, mention spéciale pour la vaisselle blanche et raffinée qui détonne dans cet univers foutraque !

En conclusion, mon avis…

Oubliez tout ce que vous pensez savoir sur la restauration ou n’allez pas au « Soul Marin ». En effet, se rendre au « Soul Marin », ce n’est pas aller au restaurant, c’est partir à l’aventure, c’est voyager. J’ai l’habitude de dire que les différents modes de restauration ne s’opposent pas mais se complètent. Personnellement, quand je vais manger un Mc Do à 23h après le cinéma, je veux du rapide et je n’ai pas envie de manger au restaurant. Quand je mange une pizza devant la télévision ou que je vais à la cafèt du coin, j’ai simplement la flemme et je n’ai pas envie de manger au restaurant . A l’inverse, quand je vais au restaurant, ce n’est pas pour manger un hamburger ou une pizza. Et bien, avec le « Soul Marin », vous avez les avantages de ces différents modes de restaurations en un seul lieu : la rapidité et l’efficacité d’un fastfood, l’ambiance décontractée d’une pizza devant le télé et le bonheur gustatif d’un vrai restaurant.

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Le cadre est à couper le souffle. J’habite la campagne et je n’ai donc pas trop l’habitude d’apprécier « mes » paysages. Cependant, lorsque je m’imagine citadin, planté au milieu de ce champ avec les arbres tout autour, le petit étang et le soleil qui se couche… Je dois vous avouer que je ne me pense pas loin de l’Eden originel ! L’ambiance y est aussi décontractée que bon enfant. En sortant, je me suis quand même dit qu’ils pourraient faire un effort au niveau ameublement. C’est vrai, toutes ces chaises et tables dépareillées, ça craint. Toutefois, quand on enlève nos lunettes de consommateurs insatiables et d’obsédés du neuf et qu’on réfléchit, on revient sur sa position. Oui, ça pourrait être plus beau, plus abouti, plus propre, plus beaucoup de choses… mais ça ne serait plus le « Soul Marin ». Ce sont aussi toutes ces imperfections qui font le charme de ce restaurant. La cuisine, sous des allures relativement simples, ose. Certes, il n’y a que peu de choix. Certes, on ne sait pas à l’avance ce qu’on va manger. Certes, si on est difficile, on risque une mauvaise surprise. Mais on va au « Soul Marin » en connaissance de cause ou on n’y va pas ! Le Chef est volubile, accueillant, efficace, professionnel… et musicien. C’est pour cela que tous les dimanches soirs, il organise une grande scène ouverte. Impossible pour lui seul de proposer un « vrai » repas dans ces conditions. Un grand buffet est donc servi : une nouvelle fois, la convivialité est le maître mot !

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Parlons un peu tarifs car c’est (aussi) ce qui détermine le choix d’un restaurant : 5€ l’entrée, 5€ le dessert, 5€ le fromage, 10€ le plat, 2,5€ l’apéritif, 3,5€ le verre de vin rouge… Très concrètement et très franchement, sur l’île d’Oléron, il y a beaucoup d’attrape-touriste. Je ne veux pas jeter l’opprobre sur tous les restaurateurs. Je ne prétends pas non plus avoir testé tous les restaurants de l’île. Toutefois, je pense pouvoir dire sans trop me tromper que pour un tarif aussi bas (20€ pour entrée/plat/dessert), vous ne trouverez pas un rapport qualité/prix équivalent. Oui, vous pourrez manger pour moins cher mais pas aussi bien. Oui, vous pourrez manger mieux mais pour beaucoup plus cher.
Attention toutefois, je pense que ce restaurant n’est pas à mettre en toutes les mains. Si vous ne vous sentez pas prêts à vous laisser embarquer, ça ne sert à rien. Si vous n’êtes pas capables de laisser de côté les conventions habituellement attachées à un restaurant, n’y allez pas. Si vous ne pouvez pas passer outre tous les carcans aseptisés qu’on nous impose, n’y allez pas. Vous gâcheriez votre soirée. Le « Soul Marin », c’est réellement un microcosme, un moment hors du temps et de l’espace qui doivent se savourer comme tels. Ce restaurant me rappelle les poèmes de Francis Ponge. Un véritable sapate, à savoir un objet banal, sans intérêt voire carrément moche et inutile qui, in fine, recèle un véritable trésor, un cadeau d’une grande valeur…

Pour la petite histoire, nous avons discuté avec le Chef de cet article qui nous a décidé à sauter le pas. Il nous a confié que le « journaliste » (si je pouvais je mettrais 50 guillemets) était resté 15 minutes et avait refusé de manger. Très cher journaliste, si tu vas dans un resto et que tu ne goûtes même pas à la cuisine : abstiens-toi d’en parler ! Le Chef lui-même nous a dit qu’il pensait que c’était plus ou moins une bêtise et qu’il n’y aurait jamais d’article…

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3 commentaires sur “Le Guide du Tablier # 13 : le Soul Marin, restaurant à Saint-Pierre d’Oléron

  1. C’est tout à fait exact ,je connais ce resto atypique ,j’adore le concept c’est bon frais copieux ,coloré,fait avec gout et plaisir du métier.et PAS CHER … J’y vais toujours avec grand plaisir entre amis ,c’est super sympa cette ambiance .Bravo au chef et son épouse ;

    C.H.

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